Lutte de pouvoir dans l’Agora.

Égypte, IVème siècle après Jésus-Christ. Comme l’ensemble du monde Romain, Alexandrie est partagée entre polythéisme, judaïsme et chrétienté.

Les premiers citoyens défendent la philosophie et s’appuient sur l’esclavagisme à l’ombre de leurs dieux.

Les nouveaux croyants pointent du doigts les sciences en les qualifiant d’hérétiques et recrutent à tour de bras parmi les asservis.

L’arrogance des premiers se heurte régulièrement à l’extrémisme des seconds au sein de l’Agora (1), jusqu’à ce que le brandon de la discorde embrase finalement la cité.

Au milieu de tout ça, les tragédies humaines se font l’écho des drames sociaux…

Hypatie, philosophe et astronome, tente de percer les mystères de la révolution des planètes malgré la folie du monde extérieur. Son seul Amour est le Savoir. Davus, son esclave, ne résistera pas longtemps aux promesses de liberté que lui offre la chrétienté, quitte à trahir la confiance et l’amour qui le lie à sa maîtresse. Oreste, élève d’Hypatie promit à un brillant avenir, aura bien du mal à concilier exercice du pouvoir, religion, et l’amour qu’il voue lui aussi à son professeur…

Le scénario aurait pu sombrer dans le piège facile des amours impossibles de ce trio de personnage. Il n’en est rien. Le propos reste concentré sur les complexes rapports qu’entretiennent Religion, Politique et Science, sans jamais s’aventurer dans la romance larmoyante.

Rachel Weisz apporte sa toujours aussi fraiche et naturelle beauté au personnage principal. Il semble que Nicole Kidman fut approchée pour le rôle : il eut été dommage d’y voir une poule botoxée d’hollywood.
Ashraf Sharom et Sammy Samir sont parfaits dans leur rôle d’extrémistes chrétiens. Le premier campe Ammonius, un leader illuminé et violent, tandis que le second personnifie les ambitions malsaines de l’évêque Cyril.
Les acteurs qui incarnent Davus (Max Minghella) et Oreste (Oscar Isaac) sont justes, sans plus.
Ludovik et moi-même tenons à mentionner l’apparition de Michael Lonsdale dans le rôle éphémère de Thén, père d’Hypatie. C’est toujours un plaisir…

Le tournage s’est déroulé sur l’île de Malte, comme pour Gladiator et Troie. Mais la majorité des lieux ont du être reconstitués en numérique pour obtenir les majestueuses vues du ciel d’Alexandrie.
Si certains plans paraissent déroutants, comme les vues de l’espace, ils sont justifiés au cour du film par le propos tenu en fil rouge : la découverte Astronomique d’Hypatie.

Alejandro Amenabar nous livre ici un film au propos ambitieux. Et il y réussit… partiellement.
Il démontre parfaitement l’inanité des conflits inter-cultes, les dérives imbéciles et l’ambition dévorante de l’alliance du Pouvoir et de la Religion. Même si pour y parvenir, il tape essentiellement sur la chrétienté.
Mais la Raison parait presque absente, alors même qu’elle est censée servir de contrepoint aux absurdités religieuses. Même la scène finale, montrant que le Progrès trouve sa voie au fil du temps, malgré la pression de la Foi, perd de son impact.

Au final, le réquisitoire de la Religion prend largement le pas sur le plaidoyer du Savoir, de la Science et de la Raison.
Ça n’en reste pas moins un film attrayant et bien mené. A voir, ne serait-ce que pour comprendre les controverses religieuses qu’il ne manquera pas de soulever. 😉

(1) L’Agora était la place publique, le lieu de réunion et de débat, dans la Grèce antique.

3 réflexions au sujet de « Lutte de pouvoir dans l’Agora. »

  1. En fait, le DaZzBar, c’est tout pompé sur l’Agora
    Pfffffffff ! Copieur…
    Non, sans dec’: c’est quand qu’on met des toges ? !

  2. C’est vrai, c’est un lieu de réunion.

    Avec un triangle amoureux impossible (Ludovik, toi, moi) et des conflits religieux (Adorateurs du Poney Fringant et Frétillant, prosternez-vous !).

    Pour les toges, on va attendre d’avoir un journal vidéo en ligne… 😉

  3. J’avais pas lu cette critique !!!! Pourquoi je suis dans un triangle amoureux !! QUi je dois aimer !!! Dois je mettre des chaussettes blanches avec un costume !!! Arrrrrggggh tant de questions se bouscule dans ma tête.

    Pour ce qui est de Agora, je dirais que le spectacle est présent, de belle couleurs mais il est vrai que la religion (que la peste l’emporte) est pour ma part trop présente. Et que la représentation de la science, menée par une femme, est largement dévaluée…

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