La Horde du Contrevent

Lorsque des potes m’ont présentés ce livre, l’un d’eux a tout particulièrement insisté sur l’une des phrases de la quatrième de couverture : « Expérience de lecture unique, (…) ».
Ça m’a suffit : venant de mon ami Stiff, qui est sans conteste la personne qui me connait le mieux au monde, ce genre de précision ne pouvait qu’éveiller mon intérêt !

Le prêt de ce bouquin tombait d’autant mieux qu’il coïncidait avec mon proche départ aux USA, à Chicago plus exactement. 11h de vol, ça laisse amplement le temps de s’ennuyer ferme…

J’ai débuté ma lecture la veille du départ. Les premières pages ont été déstabilisantes :
Des pages numérotées à rebours; un nouvel intervenant à chaque paragraphe; un récit à la première personne, avec une alternance d’une quinzaine de points de vue successifs et respectueux de la chronologie; un symbole sobre pour caractériser tant le rôle que l’identité des narrateurs…

J’avoue que ce premier soir, malgré la présence d’un marque page répertoriant les liens entre les personnages principaux et leur symbole et rôle respectif, l’aller-retour continuel entre ce bout de carton et le livre ne m’a pas aidé à entrer facilement dans le récit. Mais la finesse de l’écriture a maintenu ma curiosité en éveil. Assez pour que je l’emporte dans l’avion.

Et c’est là, alors que les rangées étaient vides de passagers et que j’avais toute latitude pour dormir, confortablement allongé sur plusieurs sièges, que l’expression « dévorer un livre » a prit tout son sens…

Le monde est constitué d’une mince bande de terre habitable, cloitrée entre deux pôles définitivement incarcérés sous une épaisse gangue de glaces éternelles. De mémoire d’homme, ce couloir a toujours été au prise avec le Vent. Provenant de l’Est, il est incessant, inévitable, implacable et inépuisable.

On dit du Vent qu’il a neuf formes, dont on ne connait que les six premières. Il a son propre langage, traduit par l’usage d’une ponctuation rythmée. Il façonne le monde et les hommes. Il motive bien des croyances. Et d’avantage de questions. Quelles sont les trois dernières formes du Vent ? Comment a-t-il créé le monde ? Quelle est sa source ?

La grande Aberlaas -cité état de l’Extrême Aval-, forme à chaque génération une élite. Un groupe constitué de 23 personnes, somme de personnalité, de compétence et de savoir complémentaires: la Horde. Elle est vouée à un but unique: trouver les réponses aux questions que l’humanité se pose en rejoignant le point d’origine, la source du vent. L’Extrême Amont.

Le récit débute dix années après le départ de la 34ème Horde. Dix années de luttes et de souffrances à travers plaines, marais, déserts et montagnes. Dix années à contrer le Vent. Et le chemin est encore long, qui les mènera au terme de leur voyage…

Au fil des pages, ce qui apparaissait comme une difficulté est devenue une qualité : l’effort consentit pour identifier les narrateurs, sans recourir à l’artifice du pense-bête, a naturellement aboutit à une connivence difficilement atteignable autrement.
Je me suis pris à percevoir, en quelques mots à peine, quel locuteur s’exprimait. Bien aidé en cela par la soyeuse plume d’un auteur capable d’élever son lecteur vers un verbe riche, sans jamais le perdre dans les méandres d’une tournure hautaine ou absconse.

Un talent rare !

Une fois accoutumé au style particulier du récit, il devient une drogue.
La concordance entre le fond et la forme est impressionnante. Alain Damasio a considérablement élargit le champ lexical généralement attribué au vent, allant jusqu’à modifier ou créer de nombreux termes, non traduits mais immédiatement compréhensibles par quiconque, pour pousser d’avantage l’immersion dans son univers.

Tout est pensé par et pour Le Vent. En ce sens, le voyage qu’effectue la Horde est une forme d’épreuve aussi complète, totale et absolue que cet obstacle contre lequel elle lutte sans cesse. Une lutte permanente qui coupe le souffle des corps, exacerbe les tourbillons douteux de l’âme, excite les tempêtes du cœur et déchire les certitudes de l’esprit.

Au final, il confirme de façon magistrale que le voyage est plus important que la destination.

A lire absolument.

Une réflexion au sujet de « La Horde du Contrevent »

  1. Je me relis et me rend compte que je ne laisse pas la part au doute. J’assume.

    Mais il faut bien comprendre que ceux qui ne parviendront pas à accrocher au style détesteront cordialement.

    Pour les autres, il est possible d’en apprendre un peu plus à propos du bouquin et de l’auteur sur le site dédié à La Horde du Contrevent.

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